Dans le dernier billet, intitulé "Résilience en danse", je citais l'ouvrage de Daria Halprin La force expressive du corps. J'ai choisi de reproduire ici un extrait (pages 247 à 249) : il s'agit d'un texte écrit en 2001 par une étudiante au Tamalpa Institute - l'école de Danse Mouvement Thérapie de la fille d'Anna Halprin :

Ma colonne

C'est toi que je préfère et que je crains le plus.

Tu n'oublies pas, n'est-ce pas ?

Tu n'oublies ni les coups, ni la douleur, ni l'extase, le côté excitant de tout cela

Tu as tant supporté,

comment ai-je oublié ?

Tu es l'une de mes meilleures cachettes, tant de coins et recoins

pour y mettre un trésor et l'y laisser en lieu sûr, ou l'y cacher

Maintenant c'est la même chose semble-t-il,

Michael y est bloqué, un éclair

tant de peine, de colère, dans le souvenir de toi

quelque part je crains

si je laisse s'en aller cette peine, je te laisse partir...

le souvenir de mon meilleur ami tant de choses étaient inachevées avec cela j'aspire

à être présent, là

et me voici

dans ce même espace cervical effrayant, d'autres peurs m'habitent

les voiles suspendus là-bas cachent qui je suis,

dérobant à ma vue et au monde

tous ces putains de voiles que je ne me souviens pas d'avoir placés là.

Ce voile vaporeux et en quelque sorte accessoirisant la perte de ma voix la peur de dire la vérité, de savoir ce que je veux dire,

de le formuler et de le faire entendre

JE HURLE MA BRILLANTE INTELLIGENCE,

Oui, ce que j'ai à dire est brillant

même lorsque ça ne sort pas bien

C'est ce blocage du flux de paroles qui fait mal,

qui m'empêche de réfléchir avec curiosité,

qui s'incline devant l'attente

ce qui est autorisé doit être vu et non entendu

Le Ciel interdit que je porte la discorde

et donc, que je déçoive le père, la mère

dont je veux tant de respect

- non pas sans condition

mais de ce qu'ils ont entendu dire et écouté

venant de moi.

Je déchire les voiles, j'essaie de m'en séparer

comme des peaux de serpent, peau après peau

j'émerge, je me déploie, je m'étire jusqu'à ce que je suis

QUI SUIS-JE ?

J'entre, j'entre dans les fractales

juste pour les sentir toutes ouvertes

ensemble et séparées immédiatement et à des millions de moments différents

avec tant de lumière et de joie que je ne peux commencer à le dire.

Et cette joie flotte, légère, apaisant les couleurs dans leur berceau

les adoucissant et les réunissant dans de profondes étendues d'eau

contenues dans un creux de la création

à l'intérieur d'un creux de moi-même,

une offrande à moi-même.

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 Photos réalisées par Valérie Galeno-Delogu, EMVC, en février 2018 à La Brède

 

Je ne peux pas vous laisser sans rappeler ici et maintenant la phrase de Jean-Pierre Klein : "Si l'expression soulage temporairement, seule la création transforme durablement."

Cet été je refais le stage de danse-thérapie à Etoile sur Rhône, animé par Valérie, pour exprimer mes maux et poursuivre la transformation engagée il y a quelques années. Un prochain billet sera d'ailleurs consacré à mon parcours professionnel.

Artistiquement vôtre,

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