Ce billet est le numéro 100 ! Merci aux lecteurs et visiteurs fidèles et infidèles ! J'ai eu mon badge "Nathalie Renault Atelier N.O.R.A." dans le cadre de la première plateforme nationale Culture & santé ! Fierté ! Bon ok ce n'est pas grand'chose...mais vu la participation importante, cette première édition est d'ores et déjà un succès !

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Je vais vous livrer des extraits des spectacles vus, sous forme d'écriture poétique (en prose), pour les deux premiers tout au moins ...

Lundi 15 février 2016, à 14h, au Molière scène d'Aquitaine : L'empereur, c'est moi ! Cie Dodéka (Normandie) ; théâtre

C'est l'histoire d'un homme qui était un enfant. Cet enfant ne déféquait pas, ne parlait pas. Cet enfant a du mal à comprendre ce qui se passe dans le ventre rond de sa mère. Il veut y retourner. Cet enfant tape et pousse des cris muets. La langue des signes est son expression favorite, en plus de son corps qui parle à sa place. D'ailleurs elle est où sa place, avec cette petite soeur qui vient de débouler dans sa vie ? Sa tête implose de grossièretés sans nom, mais il n'en veut pas à son père absent, non, il ne lui en veut pas. Il va à l'école et voit une psy qu'il n'aime pas. Il n'aime pas sa maîtresse non plus. Elle non plus ne l'aime pas. D'ailleurs c'est normal il est moche et il ne sert à rien. C'est l'histoire de Julien-le-pas-comme-les-autres qui préfère être Hugo-tout-le-monde, surtout à l'âge du collège - il a enlevé sa cape et son masque. C'est l'histoire d'un petit garçon qui a une petite soeur mais c'est lui l'empereur. C'est l'histoire d'un petit garçon qui devient un homme névrosé. Comme tout le monde.

Lundi 15 février 2016, à 20h30, au Rocher de Palmer : Résonance contemporaine, Les percussions de Treffort (Rhône-Alpes) ; ciné-concert

Boum boum tac tac boum boum tac. Des percuissons toutes chaudes pour oreilles néophytes ! L'Illuminé est perché, il quitte la routine le temps de vivre... Boum tac boum boum tac tac. Les Ben Horfa arrivent à la grande ville. Boum tac boum tac. Oscar le corbeau les tire de là. Tac boum. Autoportraits sonores. Boum.

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Mardi 16 février 2016, à 9h30, au TNBA: colloque scientifique : Les projets artistiques et culturels dans les établissements de santé. Quels changements dans les pratiques et les organisations ?

Trois chercheurs, plutôt axés sur la sociologie, ont fait état d'une recherche en cours du laboratoire E. Durkheim (Bordeaux), qui doit s'étaler sur trois années. Au bout d'un an d'enquête sur le terrain et plus de 80 entretiens semi-directifs avec des soignants de l'hôpital (malade?), il en ressort que culture et santé restent deux mondes différents, même si ça fonctionne plutôt bien les projets artistiques et culturels dans les établissements de soin. Ceux-ci dépendent de la conception de la psychiatrie, de la politique interne et de la construction institutionnelle. Les projets reposent sur des personnes, et il existe des différences de moyens, de budgets, de gouvernance...

Il a également été question - en vrac, dans le désordre et le flou artistique -  du care et du cure, de démarche qualité à l'hôpital, de démocratie sanitaire, du droit des patients, d'humanisation de l'hôpital, d'injonction paradoxale, d'effet Potemkine, de démocratie culturelle, de nouveaux modes de création et de diffusion, d'éducation thérapeutique...

L'art apporte du sensible à l'hôpital. Les projets artistiques et culturels participent à la qualité du soin. Ils permettent une meilleure qualité de vie au patient (même en fin de vie), ils travaillent sur la dimension saine du patient, ils impliquent le patient dans la démarche de soin. Tout ça, ce n'est pas nouveau, c'est ce que j'ai appris en formation et en même temps toujours su...

Tout au long du colloque je me suis mordu les lèvres pour ne pas dire : "Mais ce professionnel du soin et de l'art, qui pourrait répondre au besoin de médiation entre les différents acteurs - artiste/patient/soignant/institution/territoire -, il existe ! Inutile de payer des formations artistico-culturelles aux infirmiers, aux AMP et autres aide-soignants ! C'est l'art-thérapeute qui peut faire le lien entre le professionnel de l'art et le professionnel du soin ! Donc continuez à faire entrer des artistes à l'hôpital, continuez à faire sortir les patients dans les salles de spectacles, mais commencez à embaucher des art-thérapeutes !"

Et puis je me suis calmée.

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Mardi 16 février, à 14h, nous avons déambulé dans les rues du quartier Sainte-Croix, le quartier de l'école des Beaux-arts, avec des comédiens de la Cie La Hurlante (Languedoc-Roussillon). Il faisait très beau -et très froid à l'ombre !-, c'était agréable tout ce troupeau constituant un public interactif et averti, pour une pièce a fortiori unique intitulée "Regard en biais". Mais dans ce quartier de Bordeaux, on est ouverts : à l'art, à autrui, à la différence. La prise de risque était donc minime ! Des personnes en fauteuil, oui, et alors ? Pas de regards en biais donc, juste des sourires bienveillants.

Et puis je comptais terminer ces deux jours de plateforme par une conférence à Cap Sciences, organisée par "Les Dealers de Science", intitulée Arts & neurosciences - L'acte créatif, quels impacts sur la santé ? Je suis arrivée en retard et donc n'ai pas pu entrer ; a priori 60 personnes auraient été refoulées à l'entrée... Les intervenants étaient Pierre Lemarquis, neurologue et spécialiste de l'impact de la musique sur le cerveau ; Anne Hulsken, art-thérapeute (A.F.R.A.T.A.P.E.M.) ; Guy Lafargue, psychosociologue (Art CRU). Voici le document distribué hier soir au 200 chanceux qui ont pu assister à la conférence : ArtsetNeurosciences .

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Artistiquement vôtre,